Méditation pour le 3ème dimanche de Pâques

  

« Sur ta route, laisses-toi rejoindre par le Christ… »  

 

Ces deux hommes sur la route, me font penser à ce couple qui avait enterré un fils de 16 ans, décédé après 2 mois dans le coma. Je les rencontrais souvent sur le chemin du cimetière, la tête baissée, avec des yeux bien ouverts qui ne voyaient plus rien de la vie, tant leur espoir en l’amour avait été anéanti avec la mort de leur fils.

 

En Cléophas et son ami, je vois ce couple mais aussi tous ceux qui pendant des mois sont allés prier, visiter, encourager un père, un frère, un ami, quelqu'un qu'ils aimaient, pour qu'il guérisse, qu'il s'en sorte. Comment croire en la Vie, lorsque la mort est au rendez-vous ? 

 

Comme pour un malade, comme pour toutes ces personnes âgées, il y a le besoin de parler, de vider son cœur. Dans l’Evangile Luc nous dit : « Il s’approcha d’eux… Et se mit à marcher avec eux ! » Jésus les laisse parler… Puis il leur dit : « Comme vos cœurs sont lents à croire ! » 

 

Oui, nous sommes lents à croire et croyons que Dieu ne fait rien pour nous, qu’il laisse mourir, qu’il laisse évoluer les cancers, qu’il laisse les enfants mourir de faim. La foi de ces deux disciples est aussi la nôtre, sans espérance. Alors qu’attendons-nous pour faire confiance à Jésus ?

 

Ces deux hommes, sont entrain de marcher vers Emmaüs. Ils ont le cœur bien triste ce soir-là, car leur meilleur ami est mort. Il n’est pas mort d’une crise cardiaque, ni de suites d’une longue maladie, ni d’un cancer, non on l’a cloué sur une croix il y a trois jours, pour mourir entouré juste de sa mère et de quelques proches. 

 

Ces deux hommes ne comprennent pas ce qui arrive, « mais pourquoi Dieu permet-il de telles choses ? » aimerions-nous dire. Jésus disait qu’il était Fils de Dieu, et pourtant à l’heure de la mort, il n’a rien fait pour se sauver lui-même. Ce constat, est analysé comme un échec par les deux disciples. Et par nous ? C’est souvent lorsqu’on analyse que plus rien ne va, que l’on s’attend au pire, que nos pensées sont les plus noires, 

 

Pourtant ces deux hommes sont rejoints sur leur route par Jésus ressuscité. Ils vont avoir du mal à le reconnaître, car la lumière n’a pas encore pénétré leur cœur. Mais en leur parlant il leur ouvre le cœur. Combien de fois l’ami que l’on n’attendait pas ou la visite inespérée ont été à l’image de Jésus sur le chemin d’Emmaüs pour nous apporter un peu de réconfort, nous faire parler et redire nos craintes, nos souffrances ? Repensons à tout le bien que cela nous a fait…

 

Les deux disciples de Jésus quittent Jérusalem où aucun motif ne les retient plus à présent qu’ils ont perdu toute espérance et que l’atmosphère leur est devenue irrespirable. Leur Maître a été condamné, mis en croix et mort d’un supplice réservé aux esclaves. Cette mort honteuse a anéanti le rêve de libération qu’ils poursuivaient de tout leur cœur. Désormais l’avenir est sans issue et ils n’ont plus qu’à retourner à Emmaüs et à y reprendre leurs affaires quotidiennes. Tandis qu’ils ressassent les souvenirs de ce qui s’est passé ces derniers jours, voici qu’un inconnu les rejoint et fait route avec eux. C’est Jésus qui vient à leur rencontre.

 

C’est bien la peine et le malheur qui nous bouchent les yeux, qui nous empêchent de reconnaître, que quelqu’un vient de nous rejoindre. Malades, âgés, nous pensons à Dieu loin de nous, peut-être parce que nous pensons que nous sommes bientôt arrivés au bout de notre route, qu’il n’y aura plus d’été pour nous. Notre cœur est fermé à toute lumière, nous avançons comme des aveugles, même notre langage ne comporte plus d’étincelle.

 

Les disciples confient à l’inconnu le poids de leur détresse. Profondément attachés à Jésus qu’ils aimaient et vénéraient comme un prophète, ils portent maintenant la mort d’une espérance qui avait mobilisé toutes leurs énergies. « Je porte une lourde croix » nous dit-on souvent, je souffre, je n’en peux plus. » Mais Jésus nous rejoint sur la route, pour nous rassurer, car il sait le poids de nos vies. Faisons-lui confiance.